Romain Dumas and the Norma M20 « RD Limited » in Pikes Peak preparation mode

Parallel to his program with Porsche ahead of the 24 Hours of Le Mans, Romain Dumas continued preparations for another challenge :  Pikes Peak. The French driver and his team based at the Pôle Mécanique d’Alès completed development on the Norma M20 « RD Limited » on Wednesday which he will use to take on the legendary hill climb event. A lot of evolutions have been developed and validated in several test sessions. In a few days, the car will leave by airplane headed to the United States.

For once it wasn’t Romain Dumas who took on the duties of testing the Norma M20 « RD Limited » but his father Maurice Dumas, who runs regularly in Historic Rally series and is also Romain’s opener in French Rally Championship events. After several days on the test bench, a session was held mid-May on an airfield to shake down the car and work on aerodynamics. Then it was Romain’s turn to take the wheel, first at the Pôle Mécanique in Alès then several times at the Grand Sambuc circuit in the south of France. The final tests were completed Tuesday and Wednesday at Alès. It was a final chance to check the modifications brought to the table as well as determine new avenues of work to be done.


« I’m satisfied with these various tests» confirms Romain Dumas. « We didn’t encounter any major mechanical issues and all of our evolutions yielded the desired results. I really have a good feeling at the wheel. I think we’ve taken the next step in terms of performance, reliability and driving comfort. And this involves almost all of the various parts of the car. I now have paddle shifters at the steering wheel. Gear shifts are better and the engine usage band is now bigger. The larger tires are also beneficial. PKM has done a lot of work on suspension as well. In addition to mods done to the aero side, centered around the rear bodywork and diffuser, the wheelbase was reduced by 15cm. Actually, everything has been improved and now we will fine-tune it all before the car leaves by airplane. This Norma M20 « RD Limited » has good potential. » 

Meanwhile, the Porsche 911 GT3 RS, entered in Pikes Peak for Vincent Beltoise, left for Colorado a little earlier, with Romain Dumas having a chance to test the car beforehand.
« The past weeks have been very intense » admits Romain Dumas. « It’s a race where every detail counts and we must be meticulous in our approach. We know that the Norma prototype can do well there, but we will have to show what we can do when it counts because the competition will be fierce. As for the Porsche, it’s a base that the team knows better. We will support Vincent Beltoise in his discovery of the event. Managing two entries represents an interesting challenge and we look to take it on with success. »

The « RD Limited » Porsche 911 GT2 ready for competition !

After developing the Porsche 911 GT3 RS (type 996 and type 997) as well as the Porsche 911 SC 3,0l Gr4 entered by the Romain Dumas Rallye Team, Romain Dumas has tuned a Porsche 911 GT2 specifically for the French Hill Climb Championship! Developed under the « RD Limited » label, this GT is now ready for competition.  The car will make its debut at the Bagnols-Sabran Hill Climb event driven by Christian Schmitter

Days after the FIA World Endurance Championship Prologue with the factory Porsche Team and the 919 Hybrid, Romain Dumas completed the shakedown of the Porsche 911 GT2 « RD Limited » at Pôle Mécanique in Alès, France. Based on the road version, this model (type 997) has been developed by RD Limited, a brand offering Porsche-specific accessories and parts for rallying as well as completed cars ready for competition. With the work having begun beginning 2014, the roll out was confirmation of the completed work.

« I’m thrilled after testing this Porsche 911 GT2 » said Romain Dumas. « It’s a beautiful car, but also a joy to drive ! We modified the car to adapt it to the specific nature of hill climbing events and adhere to the French Hill Climb Championship rules and regulations – which are very similar, almost identical, to those found in rallying. We used our experience in this discipline, even if there are notable differences. In terms of feeling in the car, I’m very happy. I think it’s the perfect weapon : with its turbo, the GT2 is powerful, and not always the easiest to manage, but she is more agile thanks to the evolutions we have brought to the car.»

For a regulated weight at 1360kg, the Porsche 911 GT2 « RD Limited » benefits from around 530hp. Although the engine has not been developed, the gear ratios are now shorter. Much work has been completed to further improve the car’s handling, notably with the use of « RD Limited » shock absorbers developed in collaboration with PKM Consulting. The ceramic brakes have been replaced with Endless brand steel brakes for better temperature control. In addition to a rollcage in partnership with Matter, two Recaro seats (passenger seats are required) have been added. The search for weight saving was also a primary focus. For the wheels, RD Limited kept the 19 inch rims in order to use the largest tires possible.

The Porsche 911 GT2 which is about to compete in the French Hill Climb Championship is the fourth model developed by Romain Dumas’ team. Raced directly by the Romain Dumas Rallye Team, the Porsche 911 GT3 RS type 996 and type 997, as well as the Porsche 911 SC 3,0l Gr4 can also be entered by other drivers. All of these models are also equipped with « RD Limited » parts and accessories.

This year, Romain Dumas will take part in the Pikes Peak International Hill Climb for the third consecutive time with a Norma M20 « RD Limited ».

A toi, Michel Raffaelli. Un collègue qui symbolisait la vie.

Il y a des mots qu’on ne voudrait pas écrire. Il y a des mots qui font plus mal que d’autres. Ce sont ceux que l’on écrit depuis mercredi. Ce sont ceux que l’on écrit depuis que tu es parti, Michel. J’ai peine à le croire, et je pense que je préfère ne pas y croire. Il y a l’affiche sur cette porte avec une petite flèche et l’inscription « Bureau de Michel Raffaelli ». Je crois toujours que demain tu démarqueras. Je crois toujours que demain tu ouvriras la porte de notre bureau avec ta bonne humeur légendaire.

Je n’ai pas souvenir de toi sans le sourire. Je me souviens de notre première rencontre. C’était lors d’un des premiers roulages de la Formula Le Mans. Tu venais de descendre du baquet, après avoir relayé Stéphane Ortelli. Je ne te connaissais pas mais tu avais déjà ce sourire. Tu ressemblais à un gosse qui vient d’ouvrir son cadeau de Noël. Tu avais cette joie en toi. Tellement… vrai. Ça m’avait surpris parce que les pilotes sont souvent un peu blasés quand on leur pose toujours les mêmes questions sans originalité. Toi tu avais la banane et ton discours était juste celui d’un passionné. D’un passionné qui venait de se régaler.

Quelques mois plus tard, ton casque avec ce design si particulier, tu l’avais troqué contre la casquette du team manager. C’est à cette période que j’ai le plus travaillé avec toi. Tu m’as toujours facilité la vie. Toujours disponible. Toujours précis. Toujours aidant et toujours causant. Au bout du fil, tu me faisais revivre la course. On sentait que tu la vivais cette course. Et grâce à toi, par toi, ta vision à toi, je pouvais la retranscrire. Les victoires et les podiums du Audi Team ORECA, les gens ne le savent pas, mais c’est par toi qu’ils les ont lu dans ces communiqués de presse.

Bien après, je t’ai côtoyé au quotidien chez ORECA. Il n’y a pas eu besoin de temps d’adaptation. Pourquoi y en aurait-il eu un ? J’ai découvert ta générosité, ta tendance à constamment plaisanter et ta faculté à relativiser. Et à nous faire relativiser. Tous les jours, tu es venu dans notre bureau et tu nous a checké. Parce que tu étais comme ça. Tous les jours, tu es venu dans notre bureau et tu as blagué. Parfois tu as chanté. Parfois tu as même dansé. Et on a toujours rigolé. Souvent, tu es venu dans notre bureau avec un truc à nous montrer. Avec ton œil de passionné. Avec ton cœur de passionné. Et je dois dire que, souvent, tu m’as fait rêver. Comme avec cette F1 que tu as remonté. Comme ce jour où on a parlé de Pikes Peak. Tu savais que cette course me faisait rêver et on a, en quelque sorte, déliré : on a imaginé ORECA y engager une Audi pour les 40 ans du Groupe. En quelques minutes, on avait tout imaginé. On était deux gosses à rêver. C’est de ça que je veux me souvenir. Ces moments partagés. Ces sourires partagés.

Des sourires il y en a aussi sur cette photo. Dans un coin de mon esprit, elle est gravée. Quand je pense à toi, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je pense à cette photo. Toi en train de rire, entre Gaël Monfils et Romain Dumas. Toi, avec ces deux champions. Et avec une Audi. Sur un circuit. Bien sûr, ça ne te résume pas. Mais je trouve quand même que ça te ressemble bien.

Notre patron a dit que tu étais un homme merveilleux à vivre et avec qui travailler. Comment ne pas le conforter dans cette idée ? A mes yeux, tu as toujours été un homme simple, avec des bonheurs simples. Ces bonheurs simples comme quand tu t’installais il n’y a pas si longtemps au volant de cette Formula Le Mans. Avec cet enthousiasme, cette… innocence rafraichissante, cette envie débordante, ce plaisir intacte et naturelle. Avec tes bottines Adidas bien à toi que, tu le sais bien on en a souvent discuté, j’ai toujours kiffé. Ces bonheurs simples comme quand, dans ton safety car, tu nous racontais que tu faisais des appels de phares à la télé pour saluer ta fille. Quand tu nous racontais ça, il y avait ce petit truc dans tes yeux. Cette étincelle. Cette joie de vivre et encore ce sourire. C’est ça qui t’a toujours caractérisé.

Ce sont tous ces moments, toutes ces qualités, qui font que tu fais l’unanimité. Auprès de tous ces pilotes que tu as aidés, formés. Auprès de tous ces collaborateurs avec qui tu as bosséé. Et que tu as aussi aidés. Finalement, ensemble nous n’avons pas beaucoup travaillé. Mais au quotidien je t’ai côtoyé et je peux mesurer la peine de tes collègues les plus proches, de tes amis. De tous ces gens que tu as véritablement marqués.

Ce choc, il est difficile, pour ne pas dire impossible, à accepter. Parce que c’est impensable. Parce que c’est inacceptable. Et les mots peuvent bien se succéder, je crois qu’il n’y en aura jamais vraiment assez. Parce qu’on perd effectivement plus qu’un homme. Plus que le leader d’une équipe. On perd un ami qui symbolisait la vie.

Aujourd’hui, c’est à ta fille, ton épouse, ta famille et tes proches que vont nos pensées. Je suis persuadé que tu seras une belle étoile pour les guider et les protéger. Tu vas tous beaucoup nous manquer.

Pikes Peak, le retour. Tome 4 : Mon paradis coloradonien.

C’est le dernier chapitre. Après ça, Pikes Peak c’est fini. On ne m’y reprendra plus. Le livre doit être refermé, et de nouvelles pages doivent être écrites. A propos de nouveaux voyages. De nouveaux rêves. Bientôt. Mais alors que je suis au Vigeant, au cœur d’un paysage champêtre au beau milieu de la Vienne, j’avoue. J’avoue que j’ai une pointe de nostalgie. Les mecs de l’équipe, dont certains ont déjà l’esprit tourné vers le Lego Gang Team, l’atmosphère, les USA. Ce petit paradis coloradonien. Qui n’a rien d’extraordinaire, mais qui est si plaisant.

Le Colorado, mon Colorado à moi, c’est comment ? Le matin, comme partout, il fait froid, surtout sur la montagne. Le cœur est réchauffé par le soleil qui grimpe petit à petit dans le ciel. Il lui donne ses couleurs. Ces chouettes couleurs orangées. Le vide sous les pieds se découvre lui aussi petit à petit. A la fois impressionnant, intimidant et presque attirant. Désertique et rocailleux mais avec quelques lacs ici ou là. Un tableau que les meilleurs photographes savent immortaliser… même s’il manque toujours un peu de relief pour retranscrire l’effet réel que procure cette image.

Et puis à partir de 10h, une chaleur atroce remplace le froid. Limite supportable. Etouffante, Colorado Springs est une ville un peu à part. Moins américaine que les villes américaines. D’ailleurs, le vieux Colorado Springs n’est pas dans le style étasunien. Des baraques un peu bizarres, des shop un peu old school, et quelques graphs bien sympas qui me plaisent. Parfois, cette ville, comme Manitou Springs d’ailleurs, me fait penser à Radiator Springs dans le dessin animé Cars. Sauf qu’il n’y a pas Flash McQueen. Mais il y a un côté ancien pas si fréquent aux Etats-Unis qui donne un certain charme à cette région.

Sur la route de la maison, c’est encore un autre style. De grandes étendues à perte de vue. Des champs et des champs, avec les Rocheuses à l’horizon. Des vaches et des taureaux. J’ai l’impression que « Hell on wheels » (la conquête de l’Ouest et la construction du railway), c’était il y a pas si longtemps. Et puis des ranchs plus ou moins modernes. Des maisons plus ou moins abandonnées. Des boutiques « guns » de temps en temps, et des bikers sans casque. Dont certains avec des blousons de cuir qui me rappellent Sons of Sonarchy. C’est l’Amérique. Celle des séries TV. C’est l’Amérique, mais ce n’est pas la côte Est que je connais. Moins urbain. Plus rurale, et plus paisible.

Notre maison est (était) au cœur de ce paysage parfois proche du far west. Au bout du bout d’un chemin en terre. Avec ces espèces de suricates curieux à l’intérieur d’un virage. Avec ces portails en fer forgé qui laissent apparaître tantôt un ours, un loup, un chat sauvage ou un éperon. Avec ces deux ou trois fermes, dont on se demande si elles sont habitées. Il y a bien quelques vieux pick-up… qui donnent au cœur des faux airs de la Colline a des yeux. Pas forcément très rassurant le soir tard dans la nuit.

La maison donc. Trois étages. Immense baraque. Imposante et pourtant à l’allure si fragile. A l’allure des maisons de playmobile. L’entrée donne le ton : une ferraille noire marquée « Welcome » avec deux pistolets. Le reste ne dénote pas. Des décorations de cowboys, avec des chapeaux, des bottes, des chevaux. La cuisine est typiquement américaine, tout comme les salles de bain et les chambres. Pratiques mais sans âme. L’intérêt est ailleurs. Le salon principal sent bon l’Amérique. Son drapeau originel, sa roue de chariote symbolisant les grands voyages de ce pays de voyageurs…

D’un côté la terrasse, son barbecue immense… et ses biches qui s’invitent parfois. La foret est, à quelques mètres, avec peut-être un big foot en son sein. Ou bien un fauve ! Et puis le balcon, pas très solide, et la vue sur un rocher un peu spécial. Un rocher plat - « Signal Rock » - où les Indiens diffusaient les messages. A l’étage supérieur, c’est la suite, avec un espèce de jacuzzi et une terrasse privative (la chambre du pilote). A l’étage inférieur, une autre chambre et un autre salon. Mon salon avec mon canapé. De nouveau quelques décorations patriotiques. Historiques. Et puis la grande baie vitrée et la vue sur les montagnes. Habituellement, elles me font peur. Celles-ci ont des lignes douces, comme dans un dessin animé. Un paysage d’enfant. Il y a un je ne sais quoi dans cette maison qui apaise. Qui protège du reste du monde.

Il faut partir. Le cœur un peu serré parce qu’on y était bien dans cette maison. On sait qu’on y reviendra pas. On reprend la route, la grande route. Le long du train, le long de ces villes qui n’en sont pas. Qui sont des regroupements de commerces. Mais il reste l’Amérique. Ces églises et ces fast food. Ces drapeaux et ces camions. Et au coin d’une rue, alors qu’on pense s’être perdu, un terrain de base-ball avec des gamins en train de se renvoyer la balle. Je m’arrête et je regarde cette partie, avec un sourire de gamin justement. Quelques parents observent attentivement, avec leurs installations dignes d’un grand match  de football américain : chaises, tentes, piquenique et mini barbecue. Il y a de l’innocence dans ce match là. Il y a aussi un peu de mon rêve américain. De mon rêve coloradonien. Et finalement, cette fin me convient.

Pikes Peak, le retour. Tome 3 : Et l’aventure s’est terminée…

Pikes Peak, c’est fini. Et comme l’an dernier, il y a comme un goût d’inachevé, comme une espèce de goût amer. Pour des raisons bien différentes que douze mois auparavant. Cette fois, ce n’est pas 17 millièmes qu’il manque. Non, cette fois il n’y a même pas eu de combat. Après des semaines de préparation et d’efforts, c’est par KO technique que l’aventure s’est terminée.

Mon jour de course à moi, je considère qu’il a commencé samedi à 23h. Les mécaniciens viennent de partir de la maison après un de nos rares repas tous ensemble. C’était une sacrée belle assemblée d’une quinzaine de personnes, au cœur de cette maison coloradonienne qui sent l’Amérique et sous le regard de quelques biches venus nous accompagner à quelques mètres de la terrasse. Pour le plus grand bonheur de Julien et Johan, tels deux gosses avec leur iphone. Après ce repas donc, Mister Dumas ne retrouve pas le sommeil. Il redescend de sa chambre pour regarder les vidéos, gagner les dernières secondes même s’il sait, déjà, que ce n’est pas ça qui changera l’issue de son match avec Sébastien Loeb. Pour le besoin de certaines parties, nous reprenons les vidéos de 2012. Bizarrement, on ne s’arrête pas aux parties en question. Et on va jusqu’à la fin, avec la pluie et la grêle. Un peu comme une piqûre de rappel pour une cicatrice qui, une année après, n’est pas vraiment refermée.

C’est sur ces images qu’il va dormir. Moi je vais préparer ma valise car demain (dimanche), je quitterai cette maison dans laquelle je me sens si bien. Couché à minuit, levé à 3h et quelque du matin. Mauvais réveil : il n’y a plus d’eau dans la maison. Pas même de l’eau froide. Dur dur. Après un check des mails, on reprend la route. Avec un pincement au cœur, parce que l’aventure va prendre fin. Avec une pensée troublée parce qu’après Allan Simonsen le 23 juin, un autre pilote vient de se tuer sur le circuit du Castellet. Le sujet est toujours un peu tabou, mais je ne peux m’empêcher de penser à mon ami, notre ami, qui dans quelques heures prendra la départ d’une des courses les plus dangereuses au monde. Il y a une semaine, Laurie me disait de chasser cette idée de mon esprit. Pas simple pourtant.

Les grandes routes américaines et la musique (toujours la même) aident à passer à autre chose. On arrive vite au pied de la montagne. Il est 4h, mais il y a déjà des bouchons. La file de voiture est impressionnante. Plus qu’en 2012. Et puis il y a le privilège d’être « accrédité » et comme les américains font bien les choses, on a le droit de doubler tout le monde jusqu’au premier point de contrôle. Pour le deuxième point, on suit une voiture et double à nouveau tout le monde jusqu’à se retrouver face à face avec un sheriff. C’était peut-être pas autorisé en fait !

La voiture est déjà en place, sous sa tente. Rien de spécial à signaler. Les mécanos sont là, en train de petit-déjeuner. Les visages fatigués. Juste quatre caméras à disposer, mais cette fois il n’y a pas de précipitation. Je prends mon temps. Je fais durer le temps. El Manu me chambre un peu sur la position d’une Go Pro. Ma mom’ pourrait se rendre folle parce que je lui fais inverser deux caméras qu’elle venait de finir de préparer. Carole (du journal L’Equipe) nous accompagne. On dirait qu’elle aussi, venu en touriste, veut profiter de chaque instant. Pourtant les minutes passent tellement vite. Petite discussion avec Rhys Millen, tenant du titre, qui m’explique que sa victoire n’a pas suffi et que cette course sera la dernière jusqu’à nouvel ordre : il doit licencier tous les membres de son team et me dit qu’en Europe l’engouement est plus fort qu’aux USA. Je lui dis que nous avons le même sentiment, mais inversé, sur notre vieux continent. Heureusement, la passion est souvent plus forte que la réalité économique de notre sport.

Place au briefing, puis à la bénédiction et enfin l’hymne national. Un moment toujours émouvant. C’est un gamin haut comme trois pommes qui chante. Surprenant. Bluffant. Les motos – les premiers concurrents, dont certains en béquilles ! – sont prêtent à partir. Que la fête commence. Et puis… retard, interruption, ambulance, hélicoptère, pompier… Le train-train de Pikes Peak auquel on essaye d’échapper en restant dans la remorque, avec Romain ou les mécanos. La pression monte doucement. Les vérifications pour l’horaire de départ – toujours incertain – sont de plus en plus régulières. Tout comme les regards vers le ciel. Grand bleu pour l’instant mais un vent inquiétant. Peur d’un remake de 2012…

Et puis Peugeot amène son monstre sur la route. Et les mécanos suivent à la différence près qu’il faut, pour eux, passer par la forêt et un chemin en gravier. La pression monte vraiment cette fois. Les couvertures chauffantes sont de mises sur les roues. La Peugeot et le proto de Romain sont prêts, mais sans leur gladiateur. Il faut attendre encore une autre ambulance, et la délégation de rangers mise à contribution pour une bagarre entre « fans » alcoolisés. Les nuages arrivent, les pneus « pluie » aussi. Juste au cas où.

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Sébastien Loeb fait son apparition, avec Séverine à ses côtés. Stressée comme rarement. Une « scène » qui n’est pas sans rappeler le film Jour de Tonnerre ! Plus sérieusement, Peugeot, si dominateur lors des qualifications, a quand même la pression. Elle se voit, elle se ressent. Dans les regards, dans l’atmosphère. Il y a cette intensité propre à une course à grands enjeux. Ce petit quelque chose qui fait que, peut-être, nous sommes en train de vivre un moment un brin particulier. Sébastien Loeb et Peugeot sont à quelques minutes d’écrire leur histoire. Le Lion rugit et le champion part vers un nouveau record…

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Qu’en est-il de Romain ? Lui aussi est tendu. Les médias sont nombreux et il n’est pas simple de rentrer dans sa bulle. Un instant auparavant, pensant se mettre à l’écart, il se retrouve devant le plateau du live-vidéo ! La tête ailleurs surement. Les deux commentateurs, eux, sont un peu surpris mais tout le monde fini par en rire. Plusieurs textos à Rainier, au sommet de la montagne, pour savoir où on en est de la météo. Un appel à Glen, un campeur américain trouvé par hasard la veille, pour connaître la situation au milieu de cette même montagne. Les nuages sont toujours menaçants lorsque Romain grimpe dans son bolide. Grimper est le bon mot puisqu’il doit s’installer dans le cockpit par le haut. Un numéro d’équilibriste de plus. Lancement des caméras avec un petit tremblement, et direction le premier virage. C’est à lui de jouer.

Derrière le grillage, j’aperçois l’auto qui démarre puis le moteur qui coupe. Qui redémarre puis qui se coupe à nouveau. Les secondes sont des heures à ce moment-là. L’angoisse du départ. La peur au ventre. La peur de quoi ? On se sait pas vraiment. Le drapeau vert s’agite, Mister Dumas part dans un vrombissement qui enthousiasme le public massé – dangereusement – au bord de la route. Ouf, c’est parti. Les dés sont jetés. Et puis 20 secondes plus tard, le pick-up de l’organisation démarre. Bizarre. L’ambulance se prépare aussi. Vraiment bizarre. De retour au niveau des chronos, les mécanos sont attentifs mais pas inquiets. Fausse alerte ? Je ne dis rien, espérant mal interpréter ces quelques signes. Et puis ce qui devrait arriver arrive : un des membres de l’organisation nous prévient que Romain est arrêté sur la piste et qu’ils vont ramener la voiture.

Le « combat » est fini après quelques virages seulement. Romain rentre au volant de son proto, tiré par une corde. Il s’en extirpe rapidement, sans un regard, sans un mot. Il reste plus qu’à pousser, et faire cette petite montée en graviers. Sonné. Frustré. Dégouté. Les journalistes sont déjà sur lui, pour avoir la première réaction, les sentiments. Romain relativise et ses premiers mots sont pour les personnes qui l’ont soutenu. Pas surprenant de sa part. Il est quand même sacrément déçu. Pour lui, pour ses gars surtout. Il enchaîne vite avec une analyse de ce qui s’est passé. Pour comprendre, même si l’histoire ne pourra pas être écrite d’une autre façon. Même si on essayera de la réécrire jusque dans l’avion du retour.

On refait le match. Lui. Les mécanos, abattus. Les journalistes. Les autres concurrents, déçus pour lui. Les uns avec les autres. La pluie tombe sur Pikes Peak. Le ciel est gris et les mines sont tristes, les regards noirs. Pas un mot. Il n’y a rien à dire. Un peu d’écriture, de relecture, une gruge pour chopper le wifi de Mitsubishi et un clin d’œil de Romain : « tu m’avais pas dit que ce « Hans » là il marchait bien ? » Ce Hans là, il a gagné les 24 Heures du Mans et bien d’autres courses. Mais, en bon superstitieux que je suis, je me dis qu’il faudra en trouver un autre pour Pikes Peak. Cette fois, on est prêt à partir. Direction l’aéroport où, malheureusement serait-on tenté de dire, nous serons plus qu’en avance.

Dans la voiture, on se rejoue cette pièce de théâtre aux allures de comédie-dramatique. Pas trop dramatique quand même parce que ce n’est qu’une course après tout et que personne ne s’est fait mal. Dans le bus qui nous amène au terminal, on se la rejoue cette pièce. Au Burger King aussi. Dans l’avion aussi. Et cette question qui brûle les lèvres de Romain : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » Qu’est-ce qu’on peut faire pour quoi au juste ? Pour le prochain Pikes Peak, pour la suite…

Alors on parle encore et encore. On débat, on échange. On cherche à comprendre, encore. On trouve quelques idées, parce qu’il a toujours des idées. Et on se dit qu’il y aura d’autres belles histoires. Mais que l’histoire de Pikes Peak, elle est décidemment toujours difficile à digérer. Mais que ça nous a quand même fait rêver. Rêver en grand. Rêver en vrai. Et puis on se convainc de cette phrase dite aux mécanos avant de partir : « il y aura des jours meilleurs ». A Pikes Peak, ou ailleurs.

Pikes Peak, le retour. Tome 2.

Le sommeil est le fil rouge de ce périple à Pikes Peak et cette fois nous avons pu profiter d’une vraie nuit après un vendredi toujours plus chargé qu’on ne l’imagine. Inutile de dire que ça fait un bien fou : le 7h30 sur l’horloge a une saveur de grasse matinée ! Avant le petit-déjeuner, retour sur cette journée.

Comme prévu, levé à 2h du matin, pour un départ à 2h30 en direction de la montagne. Bien évidemment, le poisson rouge que je suis a oublié de faire le plein d’essence la veille. C’est chose faite et alors qu’on est à la recherche du temps perdu, il faut éviter une biche (encore) qui traine cette fois sur une deux fois deux voies. Normal ! RAS pour monter jusqu’au début de la portion du jour, située à 3600 mètres d’altitude. C’est en fait l’arrivée de la veille. Comme toujours, pose des caméras embarquées sur la voiture de Mister Dumas, mais cette fois un peu plus dans le noir. Heureusement, ma mom’ est là pour aider. Les mécanos ont de nouveau fait nuit blanche, mais ils sont dans un good mood. Ou alors la fatigue est tellement grande que plus rien ne peut entraver leur bonne humeur !

4h30, direction tout là-haut. 4301 mètres d’altitude, plus haut sommet du Colorado. Dans l’obscurité, on ne distingue que trois choses : le précipice qui nous borde ; la ville de Colorado Springs au loin ; les phares des voitures qui nous précèdent et qui sillonnent l’immensité. Le décor est surréaliste. On se croirait sur une autre planète, tellement loin du monde tel qu’on le connaît au quotidien. Le portable passe à peine, mais suffisamment pour recevoir des textos assez importants du patron qui est en France. Suffisant aussi pour capter la radio qui passe toujours la même musique. Qu’importe, je ne m’en lasse pas : j’ai la patate.

Arrivé en haut du pic de Pikes. Le soleil est en approche et l’immensité nous entoure avec ses reflets bleus et orangés. Il fait froid, mais pas tant que l’an dernier. La vue est magnifique, et ce à 360° : le vide à peu près partout, les rochers des rocheuses, les lumières de Colorado Springs, mais aussi quelques lacs au milieu d’un décor désertique. Malheureusement, je ne suis pas doué pour les descriptions. Je retenterai ma chance plus tard… ou en images.

Retour dans la voiture pour quelques donuts chocolatés, à défaut des « world famous donuts » dont la boutique est fermée. Quelle déception ! Allez, ceux-ci ne sont pas si mauvais. Le premier run arrive relativement vite. Je me poste dans une épingle qui me permet de voir une bonne partie de la route. Romain est pas content du tout du tout du tout. Et la voiture est en panne. Bon, il faut pousser… Deuxième run, pas de Romain. Cette auto est décidemment capricieuse. Finalement, c’est Sébastien Loeb qui vient taper la causette sur le fameux rocher « Pikes Peak, you made it ». Discussion simple et sympa alors que plusieurs concurrents demandent à prendre la pose avec lui. Et puis quand il repart, je me dis quand même que je n’aurais peut-être pas imaginé cela un jour. Dans l’attente du troisième run, je lézarde sur un rocher bien plat, profitant d’un soleil lunaire reposant, avec ce paysage unique que je savoure pleinement. Que demander de plus ? Après tout, je suis en vacances. Rantanplan est à quelques mètres de moi sur un autre rocher… et il s’est déjà endormi lorsque les essais reprennent. Cette fois, Romain est bien là et arrive sur une bonne cadence. Un peu énervé, mais du coup un peu survolté. C’est ce qu’il faut. Check des caméras : Les deux petites fonctionnent, la troisième, elle, est en rade. Fuck. Retour à l’assistance à la rencontre de quelques journalistes et… d’une fan un peu « à l’ouest » qui nous fait bien rire. Son copain rigole un peu moins et la laisse en plan avec nous.

Pas de retour à la maison cette fois. Direction « Glen Cove » tout d’abord, au milieu de la montagne, pour un boire un petit coup. Le team squatte tout l’espace, bonne ambiance garantie ! Ensuite, Starbucks pour écrire, trier les photos, vérifier les vidéos. Le train-train habituel avec un chocolat sans chamalow (quelle déception). L’équipe, elle, peut profiter enfin d’un vrai déjeuner. Avec l’ami Rainier, on se rend dans un fast-food. Lequel choisir ? Un que je n’ai pas fait. Ce sera A&W dont la spécialité est le « papa burger » - pas mauvais – et surtout la root beer. Ne me demandez pas ce qu’il y a dedans. Un arrière-goût de Dr Pepper, avec un rappel de bière… Pourtant il n’y a pas d’alcool. Le tout est un peu sucré mais plutôt bon. Bonne pioche Rainier !
On pense toujours qu’on en a fini de tout, mais on en a jamais fini de rien. La Go Pro étant HS, il faut trouver un Best Buy (le Darty du coin). On se plante une fois et on arrive enfin à destination après un trajet qui tourne autour des expressions américaines intraduisibles en français, et inversement. Rainier est aussi halluciné de mon américanisme : basket, rap, fringues… Finalement je me verrais bien vivre ici, et il acquiesce. La Go Pro est dans la poche, même si le vendeur insiste pour nous vendre le model le plus cher. Le périple continue, vers l’atelier cette fois où je me rends fou avec les stickers d’une qualité minable et, après en avoir collé quatre ou cinq, j’abandonne. D’autant que le patron-pilote veut voir ses caméras embarquées pour gagner ici ou là quelques secondes.

18h, c’est l’heure d’aller à la fan fest. Plusieurs rues sont fermées en centre-ville et le public a répondu présent. En 2012, c’était environ 30 000 personnes et j’ai l’impression qu’il y en a encore plus. Les américains savent accueillir et les événements français feraient bien de s’en aspirer. De nombreuses voitures sont exposées – et on peut les approcher – ; les pilotes signent volontiers les autographes – même les inconnues - ; et de nombreuses équipes offrent des cadeaux de tout style – du bidon pour vélo au mètre d’outillage en passant par les casquettes, stickers etc. Sans oublier les petits jeux avec ipad, les châteaux gonflables, les shows BMW et moto Red Bull. Bref, ça ressemblerait presqu’au village animation du GT Tour, mais en plus grand et pas sur circuit. C’est la fête en ville, voilà tout ! Il fait faim et on opte pour le « Rabitt Hole » (l’entrée du terrier). Restaurant situé en sous-sol, avec une lumière très bizarre qui demande un vrai temps d’adaptation… et un iphone pour éclairer le menu. Au programme « Mojito spécial » (pas mauvais mais pas assez alcoolisé) et Bacon Burger (plutôt bon). Il manque juste Alice aux pays des merveilles pour m’accompagner dans ce terrier.

What next ? Une belle averse de pluie bien comme il faut et on s’engouffre dans le Red Martini Lounge Bar. Un peu déçu par l’ambiance hormis un mec un peu bizarre qui pourrait faire un remake de la fièvre du samedi soir et quelques filles recouvertes de tatouages des pieds à la tête. Ça semble d’ailleurs être à la mode ici ! A l’imagine des mini-jupes vraiment mini. On ne s’éternise pas et l’heure que l’on attend arrive : 22h. Cela veut dire que nous pouvons désormais aller dans l’autre bar, à une dizaine de mètres de là. Le bar de l’an dernier avec sa terrasse enflammée. Et sa marseillaise de serveuse ! Oui oui, une marseillaise serveuse à Colorado Springs, en mode cagole. Ce bar là, il est quand même bien sympa et il doit regrouper les plus belles coloradoniennes (j’ai toujours pas trouvé le nom), notamment une blonde aux allures de princesse hongroise. Vodka-red bull à la main, on oublie un peu la course pour décompresser avant de rentrer sagement à la maison alors que les éclairs illuminent le ciel. Un dernier lapinou évité, et le vendredi est fini.

La suite au prochain épisode. Je sais, j’avais promis quelques mots sur le Colorado et la maison. Ce sera pour plus tard. Sans faute.

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